Sophie Hohenberg

J’ai grandi avec des histoires de Konopiste et la tristesse de mon père qui ne pouvait pas faire ce que son père lui avait demandé, c’est-à-dire continuer son combat pour récupérer la maison familiale. Mais quand j’étais jeune, il n’était pas question de pouvoir récupérer quoi que ce soit, Konopiste était derrière le rideau de fer, hors d’atteinte. Mon père ne pouvait pas grand-chose. Il s’y rendait régulièrement, et nous avions décidé de faire un voyage ensemble, pour qu’il puisse me montrer d’où nous venions. Malheureusement mon père mourut en 1977, et nous ne fîmes jamais ce voyage.
Des années plus tard, après la chute du mur, mon mari ayant fait plusieurs voyages d’affaires en république tchèque, il me convainquit de l’accompagner et d’aller à Konopiste. Ce fût une expérience étonnante, je m’y sentais tellement à la maison. Moi qui avais grandi au Grand-duché de Luxembourg, moi qui me sentais luxembourgeoise, j’avais trouvé mes racines, j’en fus très impressionnée.
Quelques années plus tard, nous fûmes invités par des amis luxembourgeois à une chasse aux faisans, à Konopiste. Ce fût une expérience épouvantablement émouvante, être si près, et si loin en même temps. J’ai passé mon temps à combattre les larmes qui me montaient aux yeux, j’avais l’impression que tout m’appelait, même les pierres. Cette expérience m’a convaincue qu’il fallait que je prenne la suite de mon grand-père et de mon père, pour effacer l‘injustice qui avait été commise.
Parce que sa mère n’était pas de sang royal, mais une Comtesse tchèque, mon grand-père n’avait pas le droit de porter le nom de Habsbourg, ni d’être un Habsbourg. Mais, après la première guerre mondiale, en Tchécoslovaquie, tout fût différent. Soudainement, lui, son frère et sa sœur furent traités comme s’ils étaient des Habsbourg, ils furent chassés de leur maison, privés de leur patrie, et leurs biens furent confisqués sans compensation, sous prétexte qu’ils étaient les enfants de leur père…
La loi votée en 1921, par le Parlement Tchécoslovaque pour appliquer le traité de St. Germain et prendre les biens de l’ancienne maison souveraine d’Autriche-Hongrie dit au §3 : « Les biens et propriétés de (…) particulièrement l’ancien héritier au trône François-Ferdinand d’Este et ses descendants. »Mon Grand-père, Max Hohenberg n’était pas un membre de l’ancienne maison souveraine d’Autriche-Hongrie, et en 1921 mon arrière-grand-père, l’Archiduc François-Ferdinand était mort depuis près de 8 ans.
Comment peut-on prendre les biens et propriétés d’un mort ?
 
J’ai été éduquée dans l’esprit qu’une famille, c’est comme une chaîne, chaque membre en est un maillon, qui doit faire son possible pour transmettre à la prochaine génération le patrimoine qu’il a reçu et dont il n’est que le dépositaire; quand je dit patrimoine, je ne parle pas que de biens matériels. Nous avons une responsabilité envers ceux qui viennent après nous mais aussi envers ceux qui sont passés avant nous. Il n’y a pas que nos actes qui nous distinguent, mais aussi qui nous avons été. Mon grand-père fût un exemple pour nous.
Nous sommes donc retournés à Konopiste avec nos enfants, il fallait que je leur montre et que je leur demande s’ils étaient d’accord que je reprenne le flambeau familial et que je continue là où mon grand-père s’était arrêté.
Il a encore fallu un certain temps, mais à la fin 2006, mon avocat le Dr. Jaroslav Broz a déposé ma plainte auprés de la Cour du district de Beneschov.
Depuis on me pose régulièrement la question: „Qu'allez vous faire de Konopiste, si vous gagnez?“ 
Il me semble normal, que cette maison historique, mais surtout familiale reste accessible au public. Je suis convaincue qu'une maison comme Konopiste aurait un tout autre attrait pour le grand public si elle était gérée par la famille qui devrait en être le propriétaire. Je ne tiens pas à priver le public d'un bien qui est aujourd'hui une attraction touristique. Je tiens à effacer une injustice, et en ce faisant, contribuer à la réconciliation avec l'Histoire.

Pour l'instant je mets ma confiance dans le système juridique tchèque et j'espère que mes arguments seront entendus.

Cher Lecteur,

Voici où se terminait, en 2009 mon explication des motifs qui me poussait à entreprendre cette aventure.

Nous sommes aujourd’hui en 2013 et voici ou j’en suis aujourd’hui : Nos arguments n’ont pas prévalu auprès des instances juridiques tchèques, qui se retranchent derrière l’argument que la loi 354 est valide.
Dans le jugement de la cour constitutionnelle on peut lire : «  Dans la procédure devant le tribunal de district de Benešov, (1ere instance) il est apparu que Maximilien de Hohenberg avait usé de la possibilité lui étant offerte par la loi n° 354/1921 Rec. Mais qu’il avait été décidé qu’au sens de la loi citée qu’il était toujours considéré être un membre de l’ancienne famille régnante d’Autriche-Hongrie, décision du ministère de l’intérieur du 14 janvier 1922, avis du ministère de l’Agriculture du 4 septembre 1922, avec l’explication que les «lois domestiques » de la maison impériale et royale concernant exclusivement les membres de la famille régnante austro-hongroise n’étaient pas pertinentes pour l’application de la loi. »
Je vous rappelle, cher lecteur que la loi familiale Habsbourg est basée sur un traité international : « La pragmatique sanction d’Augsbourg de 1713  » ce n’est pas et n’a jamais été une simple loi domestique. Mon grand-père n’a jamais fait partie de l’ancienne famille régnante d’Autriche-Hongrie, comme bien spécifié dans l’acte de renonciation de l’Archiduc François-Ferdinand fait en 1900, 21 ans avant la loi Tchèque n°354 et 18 ans avant même la création de la Tchécoslovaquie. De plus que vient faire le ministère de l’agriculture ici? J’ai du mal à comprendre que la décision de 2 ministres puisse suffire à décider de l’appartenance ou non à une famille. Décision que la République Tchéquoslovaque, de l’époque, n’avait même pas à prendre puisqu’elle avait été prise bien avant la création de ce pays. Si mon grand-père avait fait partie de l’ancienne famille régnante il aurait été le prochain empereur en lieu et place de l’Empereur Charles.
La décision prise par un ministre de l’agriculture et la validité d’une loi votée uniquement pour légaliser un vol sont quelques exemples de ce que j’ai dû lire et entendre ces dernières années.
Mon avocat et moi avons pris la décision de nous tourner vers la Cour Européenne des Droits de l’Homme à Strasbourg. Je viens d’apprendre que malheureusement là aussi ma requête a été rejetée.  La cour a jugé que la condition d'acceptabilité, conformément aux articles 34 et 35 de la Convention n’étaient pas remplies.

Je ne sais pas encore comment continuer ce combat, toute suggestion ou aide seront bienvenues…car abandonner n’est pas une option pour moi.

Je voudrais profiter de cette occasion pour redire merci aux nombreuses personnes qui m’ont envoyer des mails via ce site : merci de vous intéresser à l’histoire de ma famille, et surtout merci pour vos encouragements qui m’ont vraiment touchée.

Bien à vous,
 
Sophie Hohenberg

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